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Le Général Nguyen Huy Anh

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  • Le Général Nguyen Huy Anh

    Mon Père, cet homme d'exception : Le Général Nguyen Huy Anh, 2ème volet "L'ange d'Indochine"

    tiloupsa (53)


    photo prise à Bourges, pour Avord. On peut y voir le macaron de pilote dont les devises sont en fin d'article.

    Mon père, ce héros. Le Général NGUYEN HUY ANH a été un exemple de noblesse, de bravoure, d'intégrité morale pour l'armée de l'air Sud Vietnamienne et, emporté à l'âge de 39 ans, demeure aujourd'hui une légende dans le cœur des anciens combattants de cette cruelle guerre. Voici son histoire... et afin de la relater, je vais emprunter les voix de ses proches.

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    Pour relater la première partie de sa formation de pilote, j'emprunte la voix de Jocelyne, une amie Française de mon père.


    Jocelyne, mon père et un ami.

    1954, Paris.
    Le soleil timide de ce matin dominical n'arrive pas à réchauffer l'atmosphère printanier encore fraîche de ses résidus d'hiver. Je sens pourtant mon cœur bien chaud à l'idée de revoir mon grand frère, Marcel, parti il y a deux ans à Marrakech pour y apprendre le dangereux métier de pilote de guerre. Aujourd'hui rappelé à la base d'Avord* dans le Cher pour parfaire sa spécialisation, je peux enfin le revoir après cette longue période d'absence.


    T6 en entrainement à Marrakech

    Ma petite chambre de bonne louée pour mes études est proche de la Place Nation. Marcel me donne rendez-vous Place Blanche, dans un petit bistrot en attendant l'ouverture des salles Cinémascope au Moulin Rouge. Dans l'euphorie, j'enfile en hâte ma robe préparée la veille et je descends presque en courant les cinq étages pour atterrir sur un trottoir encore humide de la rosée matinale. Pourtant, quelques rares voitures passaient déjà sur la chaussée pavée, dans un bruit de pneu mouillé.

    Il est tôt mais Paris est déjà en effervescence : la boulangerie ouverte exhale des odeurs de croissants chauds, le traiteur parfume l'air avec ses effluves de choucroute fumante, le bistrot est déjà plein de clients sirotant leur café, la plupart le nez plongé dans leur journal.


    Image source

    Le gamin vendeur de journaux papillonne d'ailleurs dans les rues criant les dernières nouvelles... Sur la première page d'un feuille de choux, on peut lire :" Le Président EISENBOWER dénonce les clauses secrètes des Accords de Yalta, critique l'action de ROOSEVELT qui autoriserait la mise en esclavage de certains peuples de l'Europe Centrale." ou encore " On donne raison à DE GAULLE".

    Mais les nouvelles toujours changeantes de ces dernières années d'instabilité ne m'intéressent guère. L'accord de Genève en cours de signature retient toutes les attentions ces derniers temps ; nonobstant, ce qui accapare la mienne aujourd'hui sont mes retrouvailles avec Marcel, cet unique frère chéri qui m'a trop longtemps manquée.
    Mes pas résonnant sur le trottoir se firent nerveux et c'est presque au rythme des claquettes de Fred Astaire que je descendis les marches du métro Nation.


    Fred Astaire, image source


    Image source

    C'est avec le souffle court que j'arrive à mon rendez-vous, place Blanche. Dans le café bondé, je cherche du regard Marcel et le trouve, attablé au fond de la salle en compagnie d'un jeune homme, sans doute un ami de promotion.

    Marcel a changé : Son visage juvénile a accusé quelques traces de vieillissement et son regard n'est plus le même. Bref, mon frère a vieilli. Mais cette maturité lui allait bien et c'est avec un grand bonheur que je suis tombée dans ses bras.

    "Jocelyne, ma petite sœur, comme tu m'as manqué ! Viens, assis-toi... Une noisette, comme d'habitude ?"
    J'acquiesce, mes mots étaient avalés par l'émotion et ma gorge encombrée de larmes rentrées était nouée.

    "Je te présente Anh, mon très cher ami de promotion, Anh, je te présente ma sœur, Jocelyne."

    C'est alors que j'ai pu voir de plus près le visage de son ami. Un visage peu commun : Il est asiatique ! Je n'avais jamais vu d'asiatique autrement que dans les livres et revues sur l'Indochine. En sus de mon émotion des retrouvailles, une autre, bien plus forte, est venue me tourmenter : Ce jeune homme est si étrangement... beau. Son regard qui pénètre est troublant, je détourne les yeux après un salut poli, mais mon cœur bat la chamade. Une chaleur très gênante me monte aux joues.

    "Hé, le rouge te va bien, petite sœur !" s'écrie Marcel qui ne perd aucune occasion pour mettre les pieds dans le plat. Je le retrouve bien, mon grand frère.

    Afin de détourner l'attention, je m'enquis prestement sur la vie de Marcel à Marrakech :
    "Alors, Marcel, raconte moi... Comment c'était, à Marrakech ? Comment était votre vie là-bas ?"

    "Fantastique ! Je crois bien, Jocelyne, que ces deux années seront les plus importantes de ma vie... J'y ai tant et tant appris !"

    "Sur le pilotage des T6 ?"

    "Sur le pilotage et surtout aussi, sur les hommes, la vie, l'amitié..."


    La cantine à Avord

    Il donna une tape amicale sur l'épaule de Anh. "Hé, il faut reconnaître que tu étais toujours le premier à courir vers la belle Julie, hein, Anh ?"

    "La belle Julie ?" Demandais-je, un peu choquée. "Qui est la belle Julie ? Une française ?"

    Anh se mit à rire, d'un rire cristallin qui découvrit la blancheur de ses belles dents et les ailes de son nez se mit à trémousser de manière... charmante.
    "Mais non, ne vous inquiétez pas, Jocelyne. La belle Julie, c'est notre transporteur journalier vers Sidi Zouine, le seul terrain d'aviation pourvu d'une piste bétonnée où nous nous entraînons. Cet avion, nous l'avons baptisé "Julie" car c'est le JU 52."


    La Julie

    Il fit un clin d'oeil à Marcel qui reprit :
    "Tu n'as pas vu, dans les journaux ? En février, une mission de secours réalisée par notre belle Julie, sous les ordres du Capitaine Guenez, a connu un franc succès et a rendu Julie célèbre. L'équipe a pris d'énormes risques pour cette mission et..."

    Marcel continua à parler, avec entrain et presque sans discontinuité, ce qui m'arrangeait bien car son babillage me laissait tout le loisir de me perdre en contemplation du visage de son ami Vietnamien.

    C'est ainsi que j'appris leur vie à Marrakech, leurs péripéties, leur apprentissage, leurs avions, les caractères de leurs instructeurs, du Colonel Duval, du Colonel Leclere...


    Les élèves pilotes Vietnamiens

    Mais tout ce que Marcel racontait glissait désormais sur mon esprit comme une goutte de pluie sur un duvet. Jusqu'à ce qu'il me raconte un incident qui me captiva :

    " Vois-tu, ma Jocelyne, tu as devant toi un expert en Kung Fu !" Marcel clama en désignant son ami.

    " En quoi ?" demandais-je, curieuse.

    " En Kung Fu. C'est un art martial chinois... et il est très très fort ! Ecoute un peu : Un soir de sortie, nous sommes allés manger puis prendre un verre sur la Place de Djema El Fna, proche de la Médina. C'est vrai qu'il était un peu tard lorsqu'on a décidé de rentrer à la base et tous les copains étaient partis avant nous. Nous n'étions que Anh et moi... Sur le chemin du retour, un groupe de quatre hommes nous a accostés et figure toi qu'ils se sont mis à nous menacer ! Moi, tu me connais, j'ai commencé à me dépouiller de mon portefeuille pour le leur donner, il vaut mieux sauver sa peau que celle du portefeuille, tu ne crois pas ?"

    Marcel donna un coup de coude entendu à Anh et enjoué, continua :
    "Anh a arrêté mon geste et il a demandé aux quatre hommes de nous laisser tranquille, tout en se positionnant de telle sorte qu'il n'avait dans son dos que moi. Les autres ont vociféré et l'un deux a même sorti un couteau. Là, j'ai commencé vraiment à baliser, tu vois ? Mais Anh ne bougeait pas. Celui qui avait le couteau s'est mis à foncer sur Anh en brandissant son arme !"

    "Et alors ?" Je buvais ses paroles.

    " Et alors, tous les autres s'y sont mis en même temps ! ils se sont rué sur Anh et moi..."

    " Oh, mon dieu !"

    "Mais figure toi qu'ils n'ont vu rien venir ! Anh a désarmé le premier avec une telle rapidité que je n'ai pas vu comment et il l'a projeté sur le suivant ! Du coup, ces deux là se sont retrouvés entremêlés par terre tant dis que Anh bondit sur le troisième attaquant en lui assenant un coup aux oreilles ! Bon sang, il a dû en entendre, des cloches ! Tandis que lui, se tenait les oreilles, Anh a fini le quatrième attaquant en lui donnant un coup de pied majestueux dans les côtes ! Eh bien les quatre n'ont pas mis longtemps avant de détaler comme des lapins, ha ! ha ! ha! Le tout n'a pas duré cinq minutes !"

    "Un combat non engagé est un combat gagné. Mais lorsqu'il est engagé, un combat rapide est un combat efficace." Conclut Anh d'une voix posée.



    J'ai pu retrouver mon calme et c'est avec passion que je découvris, avec les explications de Anh, ce qu'était le Kung Fu : Non seulement un art martial mais aussi un art de vivre.

    La séance allait commencer et nous nous installâmes dans la salle feutrée du cinéma, moi au milieu des deux hommes. Sentant Anh tout à mes côtés, je n'osais à peine respirer... Je n'ai rien suivi du film : "l'Equipée Sauvage" avec Marlon Brando dont le charme, à côté de Anh, ne lui arrivait pas à la cheville. Je crois bien que j'en pince pour ce jeune homme venu d'ailleurs.



    Plus tard, j'appris que Marcel s'est engagé dans la Spécialité de transport bi-moteur, en France alors que Anh allait être dirigé vers la Spécialité de chasse, à Meknès. Anh allait donc repartir en Afrique du Nord dans quelques mois.

    Avant le départ de Anh, nous arpentions Paris tous les jours pour lui faire découvrir notre belle Capitale. C'est ainsi que Anh m'a un peu parlée de son pays... Un pays si différent, si lointain, si irréel pour moi.
    Jeune collégien, il a été admis par concours dans la plus prestigieuse école d'élite de Sai Gon, Le Lycée Petrus Ky,



    où les majeurs se voyaient offrir une bourse d'études et la possibilité de parfaire celles-ci à l'étranger. Ce fut le cas de Anh qui, à 22 ans, parlait trois langues couramment, et ses notes frôlaient toutes l'excellence.

    Marcel ne tarissait pas d'éloges concernant son ami, lui allouant une mémoire hors du commun des mortels :
    " Tu te rends compte, Jocelyne, il lui suffit de lire une livre une fois pour retenir tout son contenu ! Il a passé les degrés d'apprentissage deux fois plus vite que tout le monde, c'est un As, je te dis ! Et là haut, dans le ciel, personne ne peut l'attraper, même de nuit, même dans le brouillard."



    Et en plus, il est beau comme un ange, pensais-je.

    Mais Anh fit un geste désinvolte de main : " Mais non, ne le crois pas, il exagère !"

    Et en plus, il est humble... décidément, je suis de plus en plus éprise...

    Mais... Peut-être l'ayant senti, il sortit un jour de son portefeuille, une photo d'une superbe jeune fille.
    " Je vous présente ma fiancée. Nous sommes nés tous les deux dans la région de Can Tho."

    Là, j'ai senti des larmes mes monter aux yeux... et mes jambes devenir coton, mon cœur devenir glace. Une fiancée ! Mais oui, un beau jeune homme doté de si grands talents, si charmant, si envoûtant, comment pourrait-il être seulement libre ? Anh sentit ma tristesse... car il me prit la main et de sa voix si douce : " Tu es ma meilleure amie française, Jocelyne."

    Pas bien difficile, je suis la seule française qu'il connaisse vraiment. Je ne peux m'empêcher de ressentir de l'amertume.
    C'est ainsi que j'ai laissé partir ce beau pilote venu d'Indochine, un pays qui fait parti de mes rêves les plus enfouis.

    Fin de l'épisode, à suivre....


    Avord, avion MD312 Marcel Dassault. Rangée du bas : Les pilotes Vietnamiens, mon père, 5ème à partir de la gauche

    *L’Ecole Militaire d’Avord, fondée en 1912, dans le Cher, est encore aujourd’hui très active. Elle représente une des bases stratégiques les plus importantes de l’hexagone.

    Le très célèbre pilote et écrivain Antoine de Saint Exupéry y a été affecté en 1922 pour sa formation.

    Une base aérienne, la B707, sise à Marrakech, est complémentaire d'Avord.


    Base aérienne de Marrakech dans les années 50. On peut y voir la tour de contrôle et les hangars en demi cercle ainsi que les T6 alignés."

    C’est dans cette base que mon père a suivi essentiellement sa formation, sur les appareils suivants :

    Le T6 (avion de chasse) : Le seul avion dont le pilotage a été enseigné officiellement à Sidi Zouin

    T6 North American Texan, Meeting de La Ferté Alais




    Photo source mangin@marrakech

    Le dog bone cessna (avion d’observation) : Mon père a pu bénéficier de cette formation officieuse.


    Le Douglas Skyraider (avion de chasse) : Idem.

    "Skyraider" Douglas A-1, Meeting de La Ferté Alais


    Mon père à sa décoration d'Avord

    Rappel historique :

    Les accords de Genève marquent la fin de la guerre d'Indochine qui, depuis 1946, opposait principalement la France au Việt Minh (Mouvement anticolonialiste dont faisait parti ma mère, adolescente. Mouvement qui devint, plus tard, complètement communiste). Le traité est rédigé à la suite de la chute du camp retranché de Ðiện Biên Phủ, et signé le 21 juillet 1954.
    En 1954, alors que mon père était au cœur de sa formation de pilote, notre pays s’est trouvé divisé en deux, par le 17ème parallèle. C’est dans cette zone aussi appelée « DMZ » (zone démilitarisée) que se passeront les principales missions de mon père, relatées dans un autre chapitre.

    sources :
    Mes profonds remerciements au site Mangin@Marrakech pour les précisions précieuses que j'ai pu y recueillir.
    http://mangin2marrakech.canalblog.com/

    Mes remerciements aussi à Wahya, dont certaines photos ont pu illustrer cet écrit.



    Episode 1 : https://steemit.com/fr/@tiloupsa/mon...let-1-la-gifle


    Source: "https://steemit.com/fr/@tiloupsa/mon-pere-ce-heros-general-nguyen-huy-anh-volet-1-la-gifle"
Hội Quán Phi Dũng
Diễn Đàn Chiến Hữu & Thân Hữu Không Quân VNCH




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